Afrique : pourquoi il faut décomplexer la francophonie économique

Voici une initiative qui bouscule la francophonie et dépoussière le débat sur son opportunité. Cette initiative, elle émane d’Afrique, la terre de la francophonie de demain (85% des locuteurs en français de la planète au milieu du siècle). Mais elle n’émane pas du bord attendu : l’inspiration provient très clairement du versant anglophone.

Un fil d’Ariane, liant entre eux, 26 Etats de l’Est et du Sud, au sein d’une association de libre-échange, lie Le Caire au Cap. Les 12 étoiles européennes, inspirantes, semblent guider les Africains dans leur cheminement. Car le libre-échange a idéalement pour horizon un marché unique. L’histoire nous dira si cette signature de Charm El Cheik, scellant cette union, aura droit d’inscription dans les heures du continent.

Et les pays de l’ouest du continent dans l’affaire ? A l’écart de l’organisation pivot. En dehors du noyau autour duquel le continent pourrait à terme se regrouper. Cet ensemble de pays, ayant souvent le français et le franc CFA en commun, semble incapable de bâtir un contre-modèle, et de monter le laboratoire de la francophonie économique.

Niger, Burkina-Faso, Mali… Ces pays avancent, les pieds lourds du poids d’une pauvreté extrême. Et que pèsent-ils face aux mastodontes de demain ? Les Nigéria et autres Afrique du Sud ? Même les multinationales françaises n’hésitent plus à s’écarter du pré-carré francophone, pour s’engouffrer dans ces immenses marchés. Total est le roi du pétrole en Angola, tandis que Lafarge équipe le Nigéria pour parer à l’urbanisation galopante.

La langue française est pourtant bien un sésame au business sur ce continent engrangeant 5% de croissance par an depuis 2000. La concurrence américaine et surtout chinoise prolifère, mais la fenêtre de tir reste ouverte : les Africains de pays francophones maîtrisent encore mal l’anglais, tandis que les concurrents demeurent rarement capable à s’exprimer en français. Une situation provisoire car tôt ou tard, la fenêtre se refermera. Et en attendant, les PME françaises, effarouchées par l’image qu’ils ont de l’Afrique francophone, peu développée et dépassée par une démographie exponentielle, traînent des pieds avant d’investir ces territoires.

Quant aux échanges commerciaux entre Africains ? La zone de libre-échange est justement créée pour relever un niveau d’échanges ridiculement bas. Ces pays ont beau partager la même langue et la même monnaie, 13% seulement de leurs commerce est intra-africain (contre 67% pour les échanges au sein de l’UE). Ce chiffre illustre la mollesse de la francophonie économique. Et ce alors que, pour les affaires, une langue commune s’apparenterait à un viaduc, favorisant confiance et compréhension, tandis que l’usage d’une tiers langue ferait figure d’une frêle passerelle, sur laquelle on s’aventure le coeur hésitant. La francophonie est donc un démultiplicateur de business (+65%), vanté par une multitude d’études. Pour autant, Guy Gweth, économiste à l’Ecole Centrale Paris, se désole du positionnement actuel de la francophonie. Il compare l’institution à « une vieille dame à talon aiguilles ». Trop française, pas assez intégrée dans le secteur privé, trop obnibulée par la culture, les droits de l’homme ou l’environnement. Car il n’y a pas de raison que l’univers francophone ne se peuple pas d’hommes d’affaires véreux, de vieilles baronnes milliardaires et de jeunes femmes carriéristes dévorées par l’ambition. Pour que les affaires de demain se fassent encore en français.