Étudiants étrangers en France : le français, un passeport pour l’avenir

Dans le Quartier latin de l’époque de Saint Louis, on pouvait déjà entendre raisonner de nombreuses langues issues de toute l’Europe. Paris était alors un des phares de la théologie dans la chrétienté occidentale et accueillait quelques milliers d’étudiants étrangers.

De nos jours, attirer les étudiants étrangers sur son sol représente un axe stratégique de la politique d’influence des Etats. Les grandes puissances s’arrachent leurs talents. D’une part, elles pourront identifier les meilleurs potentiels et les retenir chez elles. D’autres part, une fois de retour dans leurs pays, ils propageront les idées et la culture dans lesquelles ils ont baigné et entretiendront une familiarité avec le pays qui les a formés. Preuve de l’activisme des politiques sur cette question, Emmanuel Macron s’est engagé, lors de son déplacement en Inde en février 2018, à doubler le nombre d’étudiants en provenance de ce sous-continent. Attirer les étudiants indiens taraude depuis un certain temps les responsables français ; c’est notamment pour les inciter à venir que le Parlement avait voté la loi Fioraso, en 2013, permettant aux universités françaises de dispenser des cours en anglais.

CONCURRENCE À TOUS CRINS

La France n’est plus, pour les études supérieures, le « phare » d’antan et ses universités dégringolent régulièrement dans les classements internationaux. En outre, la circulaire Guéant de 2011, restreignant les possibilités de travailler en France à l’issue des études, a eu des répercussions psychologiques néfastes (alors même qu’elle a été abrogée un an plus tard).

Parmi les pays attirant le plus d’étrangers sur les bancs de ses écoles et universités, la France occupe tout de même une honorable quatrième place mondiale. Pour prendre conscience de l’effort consenti, il faut savoir qu’elle accueille quatre fois plus d’étudiants internationaux qu’elle n’en envoie hors de ses frontières. On comptait 298 902 étudiants étrangers en 2014-2015 en France, un chiffre en constante progression. Une hausse qui résulte notamment de l’augmentation du  nombre d’étudiants en mobilité internationale.

La rude concurrence entre les Etats rend la position française loin d’être acquise. Cette concurrence est double. Elle provient, d’un côté, des pays anglo-saxons qui se proposent d’immerger les étudiants dans l’incontournable bain anglais (les trois premiers pays d’accueil sont anglophones). Elle découle, de l’autre, des pays émergents (Russie, Asie du Sud-est, Arabie Saoudite, etc.) dont le développement attire. Entre ces deux rouleaux compresseurs, quel créneau la France peut-elle occuper ? Le repli anglo-américain et l’arrivée d’Emmanuel Macron changent-ils le regard des étudiants étrangers sur la France ?

L’étude publiée par Kantar Sofres pour Campus France confirme l’enthousiasme des étudiants étrangers actuellement en France : ils sont 92% à se montrer satisfaits de leur séjour. Et parmi ceux ayant achevé leurs études en France, 91% recommanderaient ce pays à d’autres.

Toutefois, la concurrence s’intensifie. Près de la moitié (47%, +7 points depuis 2011) de ces étudiants ont hésité avec un ou plusieurs autres pays comme destination d’études. Parmi les pays sujets à tergiversations figurent le Canada et le Royaume-Uni à la première place ex-aequo (39% des citations), suivis des États-Unis (33%) et de l’Allemagne (29%). La bateau tangue mais ne coule pas : 77% des étudiants ayant hésité ont finalement privilégié la France en premier choix. L’Hexagone est donc un choix réfléchi et non pas un choix par défaut.

La part d’étudiants ayant envisagé les Etats-Unis comme option se révèle en nette baisse (-8 points). Ce résultat est corroboré par les statistiques officielles puisque, pour la première fois de son histoire, le nombre d’étudiants étrangers arrivés aux Etats-Unis a diminué (de 7%) en 2016-17. On peut donc confirmer l’existence d’un effet Trump repoussoir.

LA CARTE LINGUISTIQUE, L’ATOUT-CLÉ POUR ATTIRER LES ÉTUDIANTS

Pourquoi les étudiants étrangers entrent-ils dans l’orbite française ? Tout d’abord, pour l’image qu’ils ont du pays. Une image – sans surprise – excellente puisqu’ils ont fait le choix de cette destination estudiantine. Ils se montrent particulièrement dithyrambiques sur la dimension culturelle de notre pays. 94% d’entre eux accolent à la France un « grand rayonnement  culturel et artistique », 90% une « histoire prestigieuse » et 90% un « grand rayonnement intellectuel et scientifique ». La démonstration que la culture est une des cartes maîtresses de l’attractivité de la France.

Parmi les raisons précises qui ont emporté la décision des jeunes à venir étudier en France figurent la qualité de la formation (46%) et, juste après, le fait qu’ils connaissent le français (41% de citation) ou, au contraire, l’envie de l’apprendre (30%). L’intérêt culturel a également pesé dans la décision, représentant une motivation du choix pour 36% des jeunes sondés.

Parmi les étudiants non francophones, le français a progressé. 57% d’entre eux en sont revenus en sachant parler couramment français. Soit davantage qu’en 2011 (+9 points) : la loi Fioraso, votée en 2013, ne semble donc pas avoir eu de conséquences négatives sur le volet francophonie de l’accueil des étudiants étrangers.

UN RETOUR SUR INVESTISSEMENTS POUR LES ÉTUDIANTS ÉTRANGERS 

L’apprentissage du français se révèle être bien plus qu’un pâle vernis culturel.  Sur un plan personnel, 76% des étudiants, revenus au pays, continuent d’utiliser le français lors de conversations entre amis.

Mieux : les étudiants, une fois sur le marché du travail, utilisent encore le français – même quand il ne s’agit pas de leur langue maternelle. Parmi ces derniers, 72% l’utilisent au travail dont 47% « très souvent ». Une progression de 13 points depuis 2011 ! Et ce, même quand le jeune professionnel ne travaille pas en lien avec la France. Cette information est d’autant plus intéressante que la quasi-totalité de ces étudiants maîtrisent aussi l’anglais, dont 44% couramment. Ainsi, même pour les jeunes professionnels connaissant la première langue internationale, la maîtrise du français demeure un atout.

Cette étude permet de démontrer que la culture et la langue, en amont, contribuent à inspirer les étudiants étrangers quand ils choisissent la France comme destination estudiantine. Et en aval, à l’issue de leur cursus, les étudiants tirent une réelle utilité de leur maîtrise du français, acquise ou renforcée. Le sondage tort ainsi le cou à l’idée reçue selon laquelle cette langue serait obsolète dans le business. Le français se classe aujourd’hui au troisième rang des langues des affaires dans le monde.