Universités françaises: le gouvernement cible les étudiants chinois au détriment des Africains

Faut-il y diagnostiquer de la schizophrénie ? Côté pile, le gouvernement augmente très significativement les frais de scolarité pour les étudiants extracommunautaires (passant de 243 à 3770 euros en master). Côté face, il ambitionne de faire monter le nombre d’étudiants étrangers en France à 500 000 en 2027. Soit nettement plus que les 324 000 actuels (sur cinq millions d’étudiants en mobilité dans le monde), ce qui positionne déjà la France comme quatrième pays accueillant le plus d’étudiants étrangers au monde !

Tous les pays recherchant de l’influence hors de leurs frontières pratiquent cette politique d’accueil pour les étudiants étrangers. C’est pourquoi la concurrence est rude. Et même avec des frais de scolarité très bas, les pays d’accueil restent gagnants. Selon Campus France, l’accueil des étudiants étrangers coûte chaque année 3 milliards d’euros par an à la France mais en rapporte 4,65 milliards.

Ces étudiants arrivent en France du monde entier, mais un continent se distingue, l’Afrique, d’où est issue près de la moitié des étudiants étrangers (avec les trois pays du Maghreb en tête de peloton). Ce sont surtout eux qui sont visés par cette hausse, tandis que les étudiants européens ne sont quant à eux pas inquiétés. Si des jeunes africains se bousculent si nombreux vers des formations en France, c’est qu’ils espèrent y trouver une éducation de qualité et en français, le partage de la langue étant le premier lien unissant ces jeunes à la France. Même si certains de ces étudiants d’Afrique sont issus des élites de leurs pays, il suffit de fréquenter un peu les campus pour constater qu’ils sont loin d’être tous filles ou fils de ministres. Dès lors, avec cette hausse qui les vise principalement, on imagine la nature du message qu’on adresse à la jeunesse d’Alger et de Brazzaville. À croire que l’on cherche à saper nos liens avec un continent dont le destin est pourtant lié au nôtre.

Pour tenter de comprendre cette décision gouvernementale, il faut bien avoir en tête que cela fait des années que la France fait les yeux doux aux étudiants chinois ou indiens. C’était déjà pour les séduire que le gouvernement Ayrault avait fait voter la loi Fioraso en 2013, loi qui autorisait les cours en anglais à l’université. Une extension de l’anglais qui n’est pas près de s’arrêter. Lors d’un déplacement en Inde en février 2018, Emmanuel Macron avait déjà appelé de ses vœux le doublement du nombre d’étudiants issus de ce pays.  Et une hausse des frais universitaires constituerait-il un argument pour les attirer ? C’est le pari paradoxal du gouvernement. Non seulement ce supplément de recettes permettrait de « mieux les accueillir », mais une université plus chère renverrait aussi l’image d’une formation de meilleure qualité. Dans Le Figaro, Anne-Lucie Wack, présidente de la Conférence des grandes écoles, expliquait que « la quasi-gratuité du système français ne renvoie pas forcément une bonne image », comme le prouverait la grande attractivité des écoles françaises, aux coûts de scolarité bien supérieurs à ceux des universités. L’argument a ses limites puisque certaines écoles d’ingénieurs, aussi prestigieuses que Polytechnique, ne coûtent rien à ses étudiants.

Le gouvernement espérait prévenir les torrents de critiques en apportant dans sa besace 7000 à 15 000 bourses, octroyées prioritairement à des étudiants africains. Mais le compte n’y est pas. En réalité, il compte sur l’implantation d’antennes universitaires et surtout d’écoles françaises sur le continent africain… Reste que le message envoyé à l’Afrique est catastrophique. Il est donc urgent de lui en envoyer un autre, autrement plus positif.