Election d’Emmanuel Macron : une chance pour la francophonie

On ne saisit pas d’emblée l’esprit d’une candidature à la présidentielle à la simple lecture du programme. Il en est ainsi en matière de francophonie. Sur le papier, Marine Le Pen était, avec Jean-Luc Mélenchon, la candidate dont le programme insistait le plus sur la promotion du français. Le large dispositif qu’elle avait prévu intégrait tant le territoire national (suppression de la loi Fioraso encourageant les cours EN anglais dans les universités françaises) ou dans le reste du monde (Erasmus francophone). La francophonie, pour la candidate frontiste comme pour le héraut de la France insoumise, représenterait l’opportunité de (re)prendre le grand large. Un pivotement stratégique en quelque sorte. La France regarderait moins vers Bruxelles, Berlin ou Washington et davantage vers le Sud.

Notre langue est plus qu’un jalon identitaire franco-français

Emmanuel Macron, au contraire, ne manifeste pas le même tropisme. Il s’inscrit dans la lignée centriste, viscéralement européenne. Cette construction, accaparant l’essentiel de l’énergie des dirigeants politiques depuis 30 ans, a éclipsé tout projet politique francophone. Par ailleurs, le nouveau Président avait créé un certain émoi lorsqu’il s’était exprimé en anglais devant un parterre d’édiles français et allemands, en janvier 2017. Comme si le français perdait sa vocation de figurer parmi des quelques langues disposant d’un statut international. La polémique selon laquelle il n’y aurait pas, selon lui, « une culture française » n’a pas aidé à dissiper les doutes.

Et pourtant, son élection représente une incroyable opportunité pour la langue française. Ne serait-ce, déjà, parce qu’il aime cette langue. Ne rêvait-il pas de devenir écrivain ? Il s’exprime dans un  français syntaxiquement meilleur et plus stylisé que ses prédécesseurs. Ensuite, il croit en la projection de la France vers l’universel. C’est ici l’origine du malentendu autour de sa phrase sur la culture française, qui a été si mal interprétée. Selon lui, la France tire sa force de ses interactions avec le reste du monde. Pendant le débat face à Marine Le Pen, il a cité la langue française parmi les vecteurs du rayonnement de la France dans le monde. Bien plus qu’un jalon identitaire franco-français, il est conscient que notre langue est avant tout un lien entre le France et des centaines de millions d’étrangers francophones. Promouvoir le français ne revient pas à s’enfermer entre Français, mais à s’ouvrir vers ces francophones. Cette perception d’une francophonie ouverte tranche avec son pendant rabougri, trop souvent centré sur la seule « défense du français ».

Marine Le Pen avait beau manifester son grand intérêt pour la francophonie dans son programme, son élection aurait signifié au monde que la France se recroquevillait. Occasionnant un impact très dommageable sur l’envie de France et de français dans le monde.

La tête de l’Etat en est aussi sa figure de proue

Cette victoire d’Emmanuel Macron est également une bonne nouvelle pour le signal positif qu’elle envoie. Dans un grand nombre de pays francophones, on est frappé par le fait que la France n’attire plus vraiment. Certes, le poids de l’histoire, l’importance des flux migratoires et la force de frappe de médias influents tels que RFI ou TV5 Monde connectent nombre d’Etats à la France et aux autres pays francophones. Mais dans ces mêmes pays, les jeunes regardent ailleurs. Ils tournent bien souvent leurs yeux vers les Etats-Unis, jugés plus attirants du fait d’une culture peut-être plus accessible, de leur technologie dernier cri ou des opportunités économiques qu’ils offrent. La France, au contraire, semble embourbée, telle une étoile déclinante. L’ascension d’un président jeune et optimiste à sa tête pourrait créer un électrochoc. La tête de l’Etat en est aussi sa figure de proue : elle attire ou elle repousse. Songeons à l’arrivée de Justin Trudeau au Canada, succédant à l’austère Stephen Harper, mais aussi à Donald Trump, clôturant huit années de présidence glamour avec Barack Obama.

On n’est attiré que par ce qui réussit. Et au-delà de l’image, si Macron matérialise son slogan et remet le pays en marche, c’est tout un engrenage vertueux qui s’enclencherait. Une France qui regagne du lustre et de la croissance, c’est autant d’étudiants, de chercheurs, d’artistes étrangers qui viendraient, investiraient, créeraient, œuvrant à l’aventure collective du redressement. Repeupler et nourrir le rêve français représentent les conditions pour rendre la francophonie attrayante.

Emmanuel représente une chance pour la francophonie. Et la francophonie pourrait aussi être une chance pour Emmanuel Macron. C’est ce que l’un de ses mentors, Jacques Attali, l’auteur du rapport sur la francophonie économique, pourrait le lui rappeler.

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