Sommet d’Antananarivo : Trudeau met la question LGBT sur la table

Le sommet de la Francophonie s’est achevé. En attendant le prochain, dans deux ans, en Arménie. Plusieurs choses peuvent être retenues. On pourrait déjà retenir qu’il a représenté un succès diplomatique pour Madagascar. Il s’agit tout simplement du plus grand événement international jamais organisé dans la Grande Île. Le pays, à l’histoire politique chaotique, est revenu « dans le monde fréquentable du concert des Nations ». Cette effervescence diplomatique a également été l’occasion, pour lui, de signer de nombreux contrats, avec le Maroc ou avec la France.

On pourrait également retenir que le Maroc y a fait une percée remarquable. Mohammed VI est arrivé sur place une semaine avant que ne débute le sommet, appuyé par une délégation solide de 300 personnes. Le roi a rendu hommage au pays qui avait accueilli son grand-père, Mohammed V, exilé par les Français. Il a aussi signé pas moins de 22 contrats de coopération avec Madagascar. Comme à l’accoutumée en Afrique francophone, le Maroc s’est taillé la part du lion.

Mais on retiendra surtout les déclarations fracassantes de Justin Trudeau qui s’est imposé comme LA star du sommet. Son hommage à la mémoire de Fidel Castro, le Leader Maximo au parcours plus que controversé, a fait grand fracas. Le Premier ministre canadien a également rompu avec son prédécesseur, le conservateur Stefan Harper, en souhaitant que le Canada – et non plus seulement le Québec ou le Nouveau Brunswick – joue à fond la carte de la francophonie. C’est ainsi qu’il a ôté le veto mis par Harper pour permettre à l’Ontario d’intégrer pleinement l’Organisation Internationale de la Francophonie. Enfin, estimant qu’on pouvait tout se dire « quand on est en famille », il a mis les pieds dans le plat sur la question des mœurs. Devant un parterre de représentants d’Etats africains où l’égalité homme-femme est souvent bafouée et l’homosexualité criminalisée, il a rappelé son attachement à la défense du droit des femmes mais aussi de la cause LGBT.

Lorsque Justin Trudeau prononce son discours, à l’ouverture du sommet, on note que le roi du Maroc est absent. En réalité, c’est tout le sommet que Son Altesse a séché. Arrivé le premier à Madagascar, il s’est éclipsé juste avant que le sommet ne débute, y dépêchant un ministre pour l’y représenter. Cette absence remarquée serait justement due aux déclarations de Justin Trudeau. La chronique marocaine abonde de faits divers faisant étant de la répression au sein du royaume. En ce moment même se tient le procès de deux mineures, accusées d’homosexualité, à Marrakech. On imagine donc combien le discours du Canadien heurte les us et coutumes marocains et africains. Faisant fi du consensus mou et des discours policés, Trudeau met le doigt sur l’abysse séparant deux conceptions du monde et des droits individuels.

Ce vide marocain a été comblé de manière spectaculaire par le rival de toujours : son propre voisin, l’Algérie. Les deux Etats entretiennent de profonds différends depuis la « Guerre des Sables ». L’Algérie, l’un des pays les plus francophones dans les faits, mais non membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie, a toujours associé cette francophonie politique à du néo-colonialisme français. Le pouvoir algérien a pourtant envoyé au sommet son ministre des affaires étrangères. Mieux : l’Algérie s’est vue gratifiée du titre d’« invitée spécial » du sommet. Une première. Un pas de plus avant l’entrée de l’Algérie dans la famille francophone ? Peut-être que l’exemple marocain lui a donné envie de s’ouvrir, à son tour, sur le continent africain. Justin n’a pas seulement mis les pieds dans le plat. Il a mis un coup de pied dans la fourmilière.

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