La Flandre rebelle et la Wallonie farouche

Étonnant retournement de l’histoire. Ce sont les Flamands qui ont tiré les fils pour détricoter l’Etat central de Belgique et renforcer les régions linguistiques qui la composent. Chacune étant dotée d’un gouvernement et d’un Parlement propres, la Flandre et la Wallonie disposent de compétences si étendues que ces deux régions peuvent se prononcer pour entériner les traités si leurs clauses entrent dans leur champ. Et c’est aujourd’hui cette quasi-fédéralisation du royaume qui est à l’origine du blocage du traité commercial CETA entre l’Union européenne et le Canada. La Belgique a besoin de l’aval de la Wallonie pour donner son accord à l’Union. Or, la région francophone rejette le traité, jugé pas assez protecteur des agriculteurs face aux multinationales. Il s’agit selon elle d’un prémisse au Tafta, le projet de traité entre l’UE et les Etats-Unis. Et la Flandre, qui réalise entre 85 et 90% des échanges commerciaux entre la Belgique et le Canada, impuissante, en est réduite à grogner. « Avec son opposition [au Ceta], la Wallonie contrecarre les chances des entreprises flamandes « , déclarait Hans Maertens, l’administrateur-délégué du Voka (fédération patronale flamande).

La Belgique expose sur la scène mondiale le choc entre une Flandre prospère, sûre d’elle et prête à s’ouvrir au libre-échangisme et une Wallonie au tissu économique plus fragile et soucieuse des répercussions sociales. En cela, la Wallonie montre d’importantes similitudes avec la France voisine où l’attachement à un Etat régulateur et la crainte de la mondialisation y sont particulièrement ancrées. La frontière linguistique recoupe celle des opinions.

 

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