La chanson francophone redevient tendance

Trop étriqué pour être rentable, le marché de la chanson française ? Les labels musicaux ont sorti leur calculette. On compte quelques 75 millions de personnes dont le français est la langue maternelle principale. Ce qui ne pèse pas très lourd face aux 360 millions d’Anglo-saxons auxquels il faut ajouter des milliards de fans de sons anglais. Si Céline Dion est aujourd’hui la chanteuse « francophone » la plus vendue dans le monde, c’est grâce à sa « reconversion » en anglais.

La langue française, moins chantante que l’anglais ? Le groupe franco-français Phoenix a opté pour l’anglais, réputé pour sa souplesse. S’il est aujourd’hui un des groupes de rocks français les plus populaires dans le monde, c’est moins en raison des paroles de chansons, relativement insipides, qu’au rythme dansant de la musique.

Mais ça, c’était avant. Le balancier semble être reparti dans l’autre sens. Le Libano-britannique Mika ne s’est-il pas mis de son plein grès au français ? Stromae n’a-t-il pas percé en Allemagne, alors même qu’il chantait en français ? Le chanteur belge pourfend l’idée selon laquelle l’anglais est plus chantant : « c’est n’importe quoi. ». Et il le prouve. On sait les Américains rétifs aux langues étrangères : Edith Piaf n’est plus des nôtres depuis bien longtemps. A l’instar de Nolween Leroy, les artistes doivent faire des versions anglaises lors de leurs tournées américaines. Par pragmatisme. Stromae ne cède pas à ces sirènes. Il promeut le français et avance que le monde entier se trémousse sur des sons anglais, sans forcément en comprendre les paroles. Il en sera de même avec ses chansons. Et la tournée américaine de Stromae en avril 2015 alimente en eau son moulin. Kenye West, le pape actuel du rap américain, semble séduit. Il avait déjà repris « Alors on danse » et s’est affiché sur scène en avril aux cotés de Stromae devant le public américain. Tel un adoubement.

Stromae promeut le français, et il a la jeune garde derrière lui. Dans le numéro de mai de Vanity Fair, l’article « quand la pop a l’accent français »  décrit l’émergence d’une nouvelle vague dans la chanson, résolument tournée vers le français : Grand Blanc, Blind Digital Citizens, Mistang, Feu ! Chatterton, Radio Elvis, Moodord, La Femme, Christine and the Queens). Quelques extraits :

« Depuis les années 1999 et l’émergence de la French Touch, la France n’avait pas connu de mouvement aussi excitant. » Avec La Femme, « Rimbaud peut dormir tranquille […]. En 2007, le choix de chanter en français était encore singulier, à un moment où la musique française voguait entre la French Touch (aux paroles accessoires), la pop très américaine Phoenix, les bébés rockers qui singeaient les Rolling Stones et les groupes hexagonaux qui rejouent la folk californienne (Cocoon, Herman Dünes and co). […]

« La musique en français, « on s’est aperçu que ça ne sonnait pas du tout ringard, et que les textes apportaient une vraie dimension qui nous touchait vraiment. » « Pour qu’une chanson soit sentie, sensible et pour que le public la comprenne vraiment, il fallait qu’elle soit en français. Quand tu chantes dans ta langue et que tu utilises un mot, tu maîtrises toute l’étendue de son sens. […]

Feu ! Chatterton a ses chansons écrites par Arthur, « biberonné à RadioHead, Brassens et M ». Tous les membres du groupe écoutent Gainsbourg et lisent Lautréamont. « Il y a cinq ans, tout le monde nous disait : c’est cool ce que vous faites, mais pourquoi en français ? » […]Une époque aujourd’hui révolue.

« Quelques mois plus tôt, Christine and the Queens avait envoyé ses première démos [en anglais] au label Because. Le patron Emmanuel de Buretel lui avait conseillé de retravailler le tout en français. Le succès sera massif, l’accueil unanime. […]

« Même si ces groupes ne se connaissent pas forcément entre eux, même s’ils ne forment pas une bande unie par un code vestimentaire, tous se retrouvent dans une vision tout à fait nouvelle de ce que la langue française peut apporter à leur musique : de la poésie, de la singularité, de la liberté. […]

« Le pop et le folk poussés par des patrons de labels frileux et un système bêtement globalisé, ont été pris au piège de ce langage mondialisé (l’anglais).  Au bout de la route : la promesse d’une possible réussite outre-Atlantique. Mais les groupes français anglophones qui ont percé aux Etats-Unis se comptent sur les doigts de la main. […]

La Femme explique que « depuis le début, on veut que ce soit énorme, nous ne voulons pas nous limiter à la France […]. Notre but, c’est de faire de la bonne musique et de redonner ses lettre de noblesse de la musique française à l’étranger ».

« Autonome, sûre d’elle, lettrée et francophile, cette nouvelle vague est ce qui est arrivé de plus excitant à la musique française depuis les Daft punk. Une nouvelle ère.» 

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